Book (Fight) Club : Versus Fighting Story

Wesh, c’est Marcadet.

Celles et ceux ayant déjà eu la chance insolente de tomber sur l’une de mes diffusions Twitch pour le compte de l’association savent que je suis un homme simple : dans les jeux, on me donne un lance-roquette et je suis content. Parmi tous les genres du média richissime qu’est le jeu vidéo, le FPS est celui qui me passionne le plus quand il s’agit d’expériences multijoueurs, ayant en partie découvert l’E-Sport grâce aux créations des deux John, Carmack et Romero.

Mon second genre de prédilection en E-Sport est le jeu de combat, aussi appelé « VS Fighting ». J’ai toujours été admiratif devant la richesse visuelle de ses titres phares, de Street Fighter à King of Fighters, en passant par Tekken et même Mortal Kombat (tout le monde a son plaisir honteux). La richesse et la variété sont également exponentielles dans les gameplays, souvent au sein d’un même jeu, dont les personnages n’ont généralement pas grand chose à voir entre eux en termes de sensations et possibilités, chaque type de joueur peut donc trouver un avatar adapté à son style.
Je suis aussi de ceux qui considèrent le VS comme la forme la plus accomplie d’ E-Sport : c’est une communauté un peu plus restreinte que les autres, mais l’âge moyen des joueurs étant plus élevé, l’on a vite l’impression d’être entre gentle(wo)men, porteurs d’une tradition ancestrale (je suis aussi de ceux qui pensent que l’E-Sport « moderne » pré-Starcraft 2 est né avec Street Fighter 2). Les jeux de combat demandant une part immense d’expérimentation pour trouver les combos les plus optimisées, l’entraide est de rigueur, ne serait-ce que pour aider les petits nouveaux à trouver leurs marques avec un personnage afin de préparer la relève.

Comme dans toutes les communautés autour d’une discipline compétitive, les rivalités et anecdotes sont nombreuses. L’on peut trouver de nombreux documentaires, plus ou moins longs, qui relatent un pan de l’histoire de la scène E-Sport d’un jeu, le premier exemple qui me vient en tête est l’excellente série The Smash Brothers.
Garder une trace, écrite ou sous un autre format, de faits réels a une importance évidente, il existe d’ailleurs deux adaptations en manga de l’histoire d’Umehara « The Beast » Daigo, l’un des joueurs de VS les plus célèbres.
Et pourquoi ne pas inventer sa propre histoire ?

C’est l’idée qu’ont eue Izu (Scénariste), Kalon (Dessinatrice) et Madd (Story-boarder) pour développer Versus Fighting Story, sorti le 7 mars 2018 chez Glénat.
La présence d’une dessinatrice dans ce trio créatif vous a sans doute déjà divulgâché qu’il s’agit d’une bande dessinée. En fait il s’agit même d’un manga, dessiné par une française, donc, ce qui peut prêter à sourire, quand on sait que le terme « manga » signifie grosso-modo « bande dessinée » dans la langue des Green Leaves. C’est finalement une BD française qui adopte les codes japonais, que ce soit au niveau du style visuel et du découpage, même le sens de lecture de droite à gauche est conservé !

Cliquez sur la couverture pour accéder à la fiche de l’ouvrage et à un extrait des premières pages !

Le choix du format manga peut paraître étonnant venant d’auteurs français, mais le connaisseur de la scène Baston en verra immédiatement l’intérêt : le jeu de combat est né au Japon. Les designs des personnages, les intrigues et thèmes abordés sont bien souvent inspirés d’œuvres populaires dans ce pays, dont bien évidemment des manga. Exemple tout bête : Rose dans Street Fighter est ostensiblement inspirée de Lisa Lisa dans JoJo. Pour en revenir aux intrigues et scénarios, on a souvent affaire à des personnages à la recherche de puissance/vengeance, lancés dans une sorte de voyage initiatique pour développer leur art, leur chemin étant parsemé de rencontres, bonnes ou mauvaises, qui leur permettent de se réaliser.

Le type de manga auquel je fais référence est évidemment le shônen, centré autour d’une quête et généralement ponctué de combats, qui peuvent prendre diverses formes.
Le jeu de combat et l’E-Sport s’y prêtent parfaitement, car ils réunissent les tropes de combat et de recherche de puissance, avec tout ce qu’ils impliquent d’entraînements et de remises en question. Il ne manquait donc qu’une quête pour pouvoir broder une histoire susceptible de captiver le public. Dans VS Fighting Story, c’est d’une quête de rédemption qu’il s’agit, un peu comme dans pas mal de films avec Will Ferrell (reste à voir si l’on peut pour autant les classer dans les shônen, à part Blades of Glory, qui en est totalement un).

La recherche de rachat que VSF Story nous propose de suivre est celle de Maxime Volta.
Surnommé le « Mind King », grâce à sa capacité de lecture du jeu de ses adversaires, Maxime fait un brillant lancement de carrière e-sportive à la sortie de Street Fighter 5, début 2016.
Arrivé au Stunfest de cette même année, il subit une défaite humiliante contre Saizo, un jeune prodige japonais, qui n’a pas eu à trop se forcer pour le battre. La raison est très simple : Volta est ce que l’on appelle un « arnaqueur du Day One », autrement dit, un joueur qui trouve une technique lui assurant des victoires faciles dans les premiers temps de la vie d’un jeu ou même d’une récente mise à jour, mais qui se révèle finalement peu efficace, une fois que la communauté globale a eu le temps de s’approprier un peu plus le gameplay. C’est cependant le caractère impulsif de Volta qui le fait rapidement exclure de son équipe, gérée par son oncle.

S’en suit une ellipse d’un an, à la suite de laquelle nous retrouvons ce cher Max, devenu l’archétype du pro gamer qui galère : ne faisant plus de bon résultat en tournoi, il est contraint de vivre de cachetons en faisant de la publicité. C’est alors qu’une occasion de rejoindre une équipe naissante se présente à lui. Sans trop jouer les spoilers, Maxime refuse cette offre dans un premier temps, puis se voit contraint de l’accepter lorsqu’il apprend que son oncle, devenu un riche magnat de l’E-Sport, a lui aussi monté un projet d’équipe qui risque de détruire le Versus Fighting tel que nous le connaissons. En voilà une bonne raison de s’entraîner ! Et puis tant qu’à faire, autant se trouver un sensei pour s’entraîner et progresser plus vite ! Maxime se lance donc à la recherche de TKO, ancien joueur français légendaire ayant réussi à vaincre les « Empereurs » japonais, des joueurs ayant un niveau surhumain, durant les années 2000.

Voilà pour le scénario global du premier tome. Nous sommes donc sur du très classique mais appliqué à des matchs de Street Fighter ! Cela implique des combats se déroulant dans le jeu et comportant les techniques bien connues des amateurs du genre, anti-air, mixups et autres frame traps. Un lexique très bien détaillé et des astuces sont disponibles à la fin du livre, pour permettre au profane de s’y retrouver ou à l’amateur de réviser un peu ! Cette délicate attention me permet de faire un premier constat : pas besoin d’être fan d’E-Sport ou de jeux de combat pour apprécier l’histoire et l’univers (bien réel, une fois n’est pas coutume) dépeints dans ce manga. Alors oui, aimer le jeu vidéo vous aidera quand même pas mal, mais tout est présenté de manière accessible, les termes techniques sont généralement expliqués dès la première page où ils apparaissent, grâce au miracle de l’astérisque*. De plus, si vous avez déjà lu des manga, pas forcément de type shônen, vous ne serez pas dépaysé.e.

Et pour celles et ceux qui sont déjà fans d’E-Sport et/ou de jeux de combat, c’est du 100% bonheur ! Le sentiment de consécration de voir sa discipline préférée faire l’objet d’un récit d’aventure, avec un soin particulier apporté à l’adaptation de l’univers communautaire du jeu de baston virtuel (et non des jeux eux-mêmes), fait énormément plaisir. Très vite, des visages familiers de la communauté apparaissent, qu’importe s’ils sont affublés de noms alternatifs et de caractères largements exagérés, les références ne sont jamais dissimulées, on est dans le pur fan service.

D’un point de vue purement graphique, le dessin est propre, les décors et images in-game, réalisés à partir de photos et captures d’écran, ne tranchent pas trop avec le visuel des personnages.

En un mot comme en cent, je me suis marré comme un gamin tout le long. Versus Fighting Story est une petite friandise enrobée de fan service pour les amateurs de jeux de baston ou même d’E-Sport tout court et une porte d’entrée avec une poignée en velours pour les néophytes qui veulent s’y mettre ou recherchent simplement une BD à propos de jeu vidéo un peu plus méta. VSF Story réunit de nombreux clichés du shônen et tombe souvent dans le cheesy (une façon moins péjorative de dire qu’on frôle le kitsch à de nombreuses reprises), mais le jeu de combat n’est-il pas le genre vidéoludique qui fleurte le plus avec le nanar (avec le FPS, bien entendu) ?

Je recommande donc le premier tome de Versus Fighting Story, pas seulement aux fans de jeux de combat et d’E-Sport, car il est susceptible d’intéresser un public au-delà de ces deux niches. Petite déception cependant : on se rend vite compte que le fameux TKO n’est pas Larvozor de l’association nancéenne NTSC, mais la transposition de l’ancien propriétaire du VS Dojo de Paris. Peut-être aura-t-il un rôle dans le tome 2.

Marcadet

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